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Vendredi 10 Septembre 2010

Piratage musical sur Internet aux Antilles: le mensonge ou l’ignorance

3 juillet, 2009 Catégorie: Divertissements, Internet écrit par: ConsoDom

Depuis la démocratisation du Net aux Antilles, dès 1999, les producteurs assistent à l’effondrement de la production locale. Prétexte tout trouvé, le piratage de leur musique sur la toile.

S’il est une évidence dans nos régions, c’est que le marché musical n’est pas national, et il ne lui ressemble en rien.

Souvenirs, souvenirs

Au début des années 90, il y eu une déferlante du Zouk, boosté par l’effet Kassav’. Beaucoup d’artistes Antillais, ayant le vent en poupe ne ratèrent pas cette occasion. D’autres succombèrent aux appels des sirènes. On les appelait “comètes”.

Comme le phénomène débuta en métropole, ces fameux artistes revenaient au pays, avec les mêmes prétentions nationales. Les prix flambaient et les producteurs de spectacles se faisaient plumer. Mais ce n’était pas si évident, car la demande était très forte quand même.

Le playback, système technique créé à l’origine pour la télévision, apparaissait subitement sur toutes nos scènes. Nous avions des artistes de Zouk qui se faisaient payer entre 7500 francs et 15.000 francs pour une prestation en playback de quelques titres.

Puis il y eut les groupes live qui refaisaient leur apparition. Argumentant le ras-le-bol du public qui payait à prix fort des singeries. Là aussi, l’explosion fût telle que certains pseudo réalisateurs ayant des entrées en télévision, ainsi que des “producteurs” firent leur renommée sur le dos de ces artistes là.

Finalement toute la chaine de production, y compris les médias y trouvèrent leur bonheur.

Jusqu’au jour où la réalité dépassa la fiction. Certains groupes se faisaient payer 35.000 à 60.000 pour des prestations privées, et en semaine jouaient dans des restaurants pour 500 francs par musicien… Nos îles sont très petites… Les consommateurs antillais ne sont pas aveugles à ce point. Fin des années 90, la belle histoire est encore une fois entachée par des histoires de sous, et surtout de cul.

Internet fait son apparition, les prestations live ne sont plus à la mode, les tea garden et autres villages animés ont fermé leurs portes… Et les ventes de disque sont en chute libre.

Le coupable : Internet.

Remettons les choses au point

  • Le haut débit apparait véritablement aux Antilles en 2001 avec l’ADSL à 128 puis 512K
  • le piratage de produits ne correspond qu’à une certaine catégorie: les bons produits
  • le piratage nécessite un réseau
  • jusqu’à aujourd’hui il n’existe aucun réseau local sur Internet. Simplement parce que les Antillais sont devenu “individualistes” (à leur façon) un peu comme les Européens. Il suffit de regarder et d’analyser le phénomène Facebook, ou MySpace, vous verrez qu’ils ont du mal à créer leur réseau “social”. Il y a quand même plus de 50.000 utilisateurs assidus, qui connaissent et exploitent l’Internet dans chaque département.

La Sacem régionale ainsi que les artistes ayant pignon sur rue, ont créé des comités de défenses et diverses actions stériles. Et surtout médusés de voir que certains artistes vendaient 45.000 exemplaires en moins d’un an, dixit le producteur de Kolo Barts.

Démonstration

Aux Antilles, quand quelque chose marche, soyez sûr que tout le monde y adhérera. Ainsi, pour notre démonstration, nous utiliserons le plus grand réseau de partage connu: Emule.

Nous choisirons aussi un échantillon d’artistes qui se sont plaints publiquement du piratage, ainsi que ceux qui ont le vent en poupe :

  • Eric Virgal (20.400 pages sur Google)
  • Richard Birman (96.700 pages sur Google)
  • Kassav’ (317.000 pages sur Google)
  • Medhy Custos (127.000 pages sur Google)
  • Kwak (198.000 pages sur Google)
  • Kolo Barts (1.820 pages sur Google)
  • Eric Brouta (81.800 pages sur Google)

En ce moment il se vend en moyenne 500 à 2000 CD par production ou auto-production aux Antilles (par département).

Pour connaitre le potentiel minimum de perte, il suffit de mettre au carré le nombre de ceux qui partagent le produit. Tout simplement en considérant qu’un individu a au moins une personne de confiance à qui il fera une copie. Mais dans le cadre d’un logiciel de partage, le calcul ne peut être précis, car tant que le logiciel est en activité, n’importe qui peut récupérer des fichiers. Mais il ne s’agit pas de n’importe quel réseau de communication. Il s’agit des connexions internet des Antilles.

emule_virgal

Eric Virgal sur eMule

En observant les onglets, vous verrez que la recherche de Kolo Barts n’a pas abouti. Le logiciel n’a trouvé personne partageant la musique de cet artiste.

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Richard Birman sur eMule

Il est très simple d’interpréter les résultats.

Si quelqu’un veut un fichier et vite, il lui faut faire une requête vers un maximum d’utilisateur le partageant.

emule_kassav

Kassav' sur eMule

Kassav est le groupe ayant fait le plus de succès dans le milieu du Zouk. Il serait normal que la demande soit forte, et pourtant… Même avec 47 utilisateurs en partage, ce n’est pas sûr que le fichier soit complet.

emule_medhy

Medhy Custos sur eMule

L’artiste ayant le vent poupe en 2008 c’est bien Medhy. Que pensez-vous de son score ?

Nous voyons aussi une possible piste, qui nous renseigne sur la perte des producteurs. Observez bien.

emule_kwak

Kwak sur eMule

Kwak était le groupe de Live par excellence dans les années 90.

emule_brouta

Eric Brouta sur eMule

Que dire des zoukeurs des années 90 aussi.

Les accusations de piratage portaient sur la période 2001 à nos jours. Or, le véritable haut débit (2M, 4M et 8M) n’apparaît qu’en 2008. Ce qui veut dire simplement que pour échanger un fichier, il fallait vraiment le vouloir.

Un logiciel de partage comme Emule, c’est comme La Poste, il y a une file d’attente pour récupérer le fichier. Comme le Net est planétaire, il faut s’attendre à des heures, voir des jours d’attente avant de commencer à être servi. Vu le débit ridicule que nous avions en 2002… Quand celui qui a une connexion de 512K partage un fichier, il faut savoir que celui qui récupère ce dernier, ne peut le récupérer qu’à la vitesse maximale de 10K/s (10 kilo-octets par seconde, en théorie), en réalité il faudra encore diviser ce débit par 6, simplement à cause de la qualité de nos lignes et de l’opérateur, et ensuite à cause du système de partage.Vous n’imaginez pas être le seul à pouvoir accéder à ses fichiers…

Autre chose. Dans le réseau eMule, les utilisateurs sont quasiment anonymes. Rares sont les fois ou vous pourrez reconnaitre votre voisin.

Aux Antilles, nous sommes réputés pour notre manque de patience. Et bien soit !

La piste dont je vous parlais plus haut, est celle des DJ en herbe ou pro. Les DJ ont l’habitude de se faire voler leur outil de travail (les CD), donc ils en dupliquent certains.

Mais l’émergence des outils informatique a provoqué une concurrence déloyale. On assista à l’apparition d’un nouveau genre de DJ: les DJ en playback. Ils n’ont pas été cherchés ça bien loin. Préparant leur MIX sur ordinateur, puis les gravant, et singeant fièrement dans les soirées et discothèques, certains n’ont pas résisté aux sirènes de la convoitise lorsque les plus populaires se sont mis au goût du jour en imitant leurs confrères européens en devenant producteurs et chanteurs…

La clé USB et les disques mobiles n’ont rien arrangé à tout ceci. Entre les vols des CD de DJ, et ceux mis volontairement sur le marché, des producteurs virent le filon et inondèrent les bacs de compilations. Ce qui prouvait que le consommateur avait raison de boycotter les productions Pop (Zouk), sur un album de 12 titres, 1 titre sortait du lot. Et les animateurs radio, le poil à la main, faisant la pluie et le beau temps, n’en attendaient pas moins.

Et nous voilà repartis comme en 70 avec les cassettes. Nous échangeons nos MP3 via USB (ultra simple à brancher), et les plus ignorants accusent l’Internet.

N’empêche que les musiques traditionnelles originales (Tradition, Kompas, …) continuent à se vendre autant, ou presque.

@suivre…

Note démonstration n’a pas pour bût d’encourager le piratage. Un commerçant est aussi un consommateur. Tout acte de piratage va à l’encontre de l’intérêt des consommateurs. La duplication d’un produit commercial sans l’autorisation de sont auteur , même à titre privé est un délit.

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