Fin 2008, le gouvernement commande une enquête sur la gestion du carburant aux Antilles-Guyane. Un pré-rapport sorti le mois dernier avait déjà confirmé le fait que la gestion du carburant dans nos régions, c’est du grand foutage de gueule.
Le rapport complet dit “Rapport Bolliet” est sorti cette semaine. La conclusion de ce rapport est qu’il est “indispensable d’améliorer la transparence du système et de clarifier les règles d’administration des prix des carburants” car le système actuel est “anticoncurrentiel, déresponsabilisant et inflationniste”.
Selon cette étude, le prix sortie de la SARA est plus élevée en moyenne sur la période 2005-2008 de 19 centimes le litre de carburant super, de 11 centimes de gazole par rapport à une raffinerie européenne de taille similaire. Autre constat, la capacité de raffinage de la SARA est de 800 000 tonnes, soit cinq fois moins que la plus petite des raffineries en métropole.
Le rapport Bolliet note par ailleurs que l’essentiel de sa marge est réalisée sur le supercarburant et sur le gazole car la SARA vend à bon prix le carburéacteur et le fioul lourd. En Martinique par exemple, la SARA vend le fioul à un prix systématiquement inférieur au prix maximum décrété par le préfet. Le rapport établit également un niveau trop élevé du cout du passage dans les dépôts et la marge de gros est surévaluée. Chez les pompistes en Guadeloupe et en Martinique le rapport relève des anomalies. Les stations sont très peu automatisées, ce qui entraine des charges salariales lourdes et fait aggravant certains gérants de stations service ont une rémunération brute qui dépasse les 120 000 euros , soit six fois plus qu’en métropole. Du côté des solutions mises sur la table, on trouve la fixation des prix non plus par le préfet mais par les collectivités ou une autorité indépendante et la suppression de la SARA au profit d’un approvisionnement direct en produits raffinés depuis l’Europe du Nord avec la mise en place d ‘un mécanisme déjà en vigueur à l’ile de la Réunion. La Réunion se fournit à Rotterdam et calcule son prix autour de son coût à Rotterdam, du coût du fret et d’une prime de trading. Selon le rapport la suppression de la SARA donc de 190 emplois directs permettrait en soit un gain de 15 à 17 centimes du prix à la pompe pour le supercarburant , de 7 à 9 centimes pour le gazole.
Comprenons bien que c’est EDF qui est favorisée aux dépens de la population. C’est indécent ! EDF est le principal consommateur de fioul. Et en plus, le tarif du KW/heure est exorbitant, malgré une TVA plus faible qu’en France Métropolitaine.
Le pré rapport Bolliet sur les carburants, continue de faire des vagues. (27.03.2009)
Les patrons appellent au calme, à la réflexion, à la sérénité, suite à la parution du pré rapport Bolliet, ils redoutent une nouvelle crise, en sachant que le problème des carburant est un problème sensible !
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Dans cet article, il est clair que le rapport enfoncera des portes. Et que la riposte populaire risque de faire mouche. Les responsables du secteur font profil bas…
En effet (issu du même article):
Ce sont les gérants des stations services qui ont été parmi les premiers à signer l’accord Bino, ils sont donc confiant dans la suite des évènements malgrè plusieurs articles du pré rapport qui les importunent. Le président de l’ OPGSS, (organisation professionnelle des gérants de stations services), monsieur Patrick Collé note que ce document n’est qu’un pré rapport et qu’il faut attendre les conclusions définitives, soulignant que son organisation s’était engagée à préserver le système administré de prix de carburant. Il note avec vigueur, les problèmes qui étaient intervenus lors de la libéralisation des prix en métropole dans la période des années 1980 !
Les préconisations avancées par le rapport Bolliet (source) :
- La fixation des prix du carburant ne doit plus être le rôle du préfet mais doit être gérée par les collectivités locales ou une autorité indépendante.
- La suppression de l’activité de raffinage de la Société Anonyme de la Raffinerie des Antilles (SARA), filiale à 50% de Total. Cette société approvisionne les Antilles et la Guyane en carburants importés d’Amérique du Sud. Mais les normes de raffinage du pétrole en Amérique du Sud ne sont pas les mêmes qu’en Europe. D’où la nécessité jusqu’à maintenant d’avoir une raffinerie au niveau Antilles-Guyane. Les 190 emplois de la raffinerie ne pourraient être maintenus et seuls seraient conservés les emplois du stockage, soit environ 70 personnes sur les trois départements.
- Par conséquent d’une fermeture de l’activité de raffinage de la SARA, un approvisionnement de produits raffinés serait réalisé depuis l’Europe du Nord. Plus besoin donc d’un raffinage sur place. Ce système pourrait permettre “un gain de l’ordre de 15 à 17 centimes pour le supercarburant et de 7 à 9 centimes pour le gazole”.
- Revoir les marges du gros et du détail dans nos départements. La marge du gros est de 19,1 centimes par litre en Guyane, 18,7 en Guadeloupe et 15 à la Martinique contre 10,5 en métropole. La rémunération des gérants de stations est aussi épinglée par le rapport Bolliet. Certains gérants toucheraient 120 000 euros brut par an contre 20 500 pour un gérant en métropole.
- Une généralisation du “libre-service” à la pompe ce qui permettrait l’économie de 4,3 centimes d’euros par litre. Mais en conséquence, ce sont des centaines d’emplois de pompistes qui sont menacés. Au niveau social, est-ce jouable ?
Conclusion :
Abus, vols & dérives : opacité des prix ; complicité de la DDCCRF ; entente avec EDF sur le dos des automobilistes; non répercussion des baisses du prix du baril; Marges exorbitantes : marge du raffinage, marge de stockage, marge du grossiste, marge du gérant de station service ; Surcoûts: transports, passage en dépôt, raffinage… Vols : taxe de prélèvement des ordures ménagères…
Bolliet et les autres rapporteurs de la mission sur la fixation des prix des carburants dans les colonies françaises dressent une liste impressionnante d’abus, de dérives, de vols…
Pour autant, ce sont les employés des stations services qui sont le plus pointés du doigt. Le rapport BOLLIET, tout en modérant ses premières propositions dictées par TOTAL dans le pré rapport, veut faire porter le chapeau aux travailleurs : la libéralisation des prix qu’il propose, aboutirait à la suppression de 80% des emplois.
Mais rien sur les poursuites qui pourraient être engagées à l’encontre de la SARA et des ses actionnaires… En lieu et place, Bolliet nous invite à débattre avec les voleurs dans le cadre des prochains Etats-Généraux de l’outre-mer !!!
Plis ki janmé, la revendication de décembre doit être réaffirmée :
- TRANSPARENCE TOTALE sur la fixation des prix des carburants ;
- Baisse immédiate des prix des carburants ;
- Reversement des sommes abusivement perçues par la SARA et les collectivités dans un fonds destiné à la formation et à l’emploi des jeunes et à l’organisation d’un véritable service public des transports de passagers ;
- Création, en remplacement de la SARA, d’un Service Public d’approvisionnement et de distribution des carburants garantissant la transparence, la qualité et l’accès à un carburant au meilleur coût.
Dixit l’UGTG et agréé par la population antillaise.
Répartition des stations aux Antilles-Guyane
| Martinique | Guadeloupe | Guyane | Ensemble | % | |
| Total | 41 | 48 | 12 | 101 | 42,1 % |
| Rubis-Vito | 22 | 27 | 9 | 58 | 24,2 % |
| Exxon-Mobile | 21 | 19 | / | 40 | 16,6 % |
| Texaco-Chevron | 10 | 9 | 8 | 27 | 11,2 % |
| WIPCO | 1 | 5 | / | 6 | 2,5 % |
| CAP | 1 | 6 | / | 7 | 2,9 % |
| GPC | / | 1 | / | 1 | Ns |
| Ensemble | 96 | 115 | 29 | 240 | 100 % |
| Source : DRCCRF |
Vous pouvez lire EXTRAIT DU RAPPORT DEFINITIF sur la fixation des prix des carburants dans les départements d’outre-mer (31 Mars 2009, UGTG.org)
Ces vols resteront-ils impunis ?
