Les jeux d’argent de nos grands-parents ont bien changé depuis. Je me rappelle l’époque où les majors se battaient au rasoir pour des gains équitables. C’était toujours le quitte ou double. Quitte à y perdre la vie. Ce genre de comportement violent n’a pas réellement disparu, le contrôle du jeu n’a fait que transposer la problématique. Mais pendant ce temps, c’est bel et bien quelqu’un d’autre qui encaisse les mises en attirant l’attention ailleurs. Comment appelle-t-on ce genre de pratique ?

Aux Antilles, nous avons 80% de la population qui vit dans la limite du tolérable question salaire. Les jeux, les sorties, les activités artistiques sont des exutoires nécessaires pour soulager le malaise et les nombreuses injustices.
Dans des îles formatées pour la consommation à grande échelle, le constat est lourd. Les bénéfices (et non pas le chiffre d’affaires) des établissements de jeux d’argent dépassent de loin les budgets alloués à la totalité des administrations régionales. Pour exemple, la Martinique ou la Guadeloupe constatent avec effroi que près de 1,6 milliard d’euros sont encaissés par l’État à travers la Française des jeux.
Dans la Caraïbe, nombreux sont les milliardaires qui y ont élu domicile ou résident saisonnièrement. Même s’ils ne font pas partie du commun des mortels, il n’en est pas moins qu’ils jouent et perdent ou gagnent de l’argent proportionnellement à leur fortune et leurs gains.
On a rarement vu des attractions touristiques ou d’affaire proposer à leurs clients de jouer à la loterie nationale.
Les établissements d’accueil touristiques sont représentés que par des entreprises privées. Ainsi, les casinos ne dérogent pas à ce fait.
Donc chacun peut se faire une idée du chiffre d’affaires des Casinos et Hôtels-Casinos des Antilles, ainsi que de leur manque à gagner en cas de réduction de passage touristique. Quoique la plupart de ces établissements aient un accès direct avec leur clientèle (par mer, terre, air).
Parlons maintenant de ce qui fâche : les impôts et taxes.
Toute personne physique ou morale se droit de payer ses impôts et des taxes sur leurs produits. Certaines taxes sont nécessaires au développement régional et social.
Nous allons lever le voile sur quelque chose qui est en totale contradiction avec les idées reçues. Nul ne peut s’enrichir impunément. Et en France, cela devient très difficile si on reste au pays. Pour preuve, toutes les grandes fortunes de France ont leurs résidences secondaires dans d’autres pays; certains y ont carrément leur résidence principale.
La loi est la loi, vous ne pouvez pas payer vos impôts dans le département où vous résidez moins de deux mois par an. Aussi, pour le commun des mortels qui habite dans un logement social; il ne peut y rester que s’il n’y réside au moins huit mois…
Une maison de jeux est soumise à des taxes et impôts au même titre que n’importe quelle société. Mais le taux et les critères d’application sont différents.
Parmi les taxes nous avons :
- Le Droit de Timbre : taxe prélevée selon la durée d’ouverture de l’établissement
- La Taxe spéciale sur les jeux de hasard : peut aller dans la caisse du Ministère de la jeunesse et des sports
Ensuite, les prélèvements et taxes diverses
- Taxes annuelles sur les appareils automatiques (machines à sous et autres appareils)
- Prélèvement sur les produits des jeux : pourcentage prélevé par palier sur les recettes annuelles avec un plafond de 60% (comme pour les impôts sur les grandes fortunes)
Toutes les taxes prélevées seront en fonction du Pays, de la région ou du département et aussi en fonction du caractère touristique ou non de l’établissement. On verra les taux changer d’un établissement à l’autre même avec 300 mètres d’écart.
Dans tous les cas, vous y retrouverez :
- l’impôt sur le bénéfice
- l’impôt sur le revenu des capitaux mobiliers
- l’impôt sur les revenus salariaux et assimilés (IRSA)
- la Taxe sur la Valeur ajoutée (TVA)
- la Taxe professionnelle
- l’impôt de licence sur les alcools et les produits alcooliques
Et d’autres impôts et droits à libérer…
Ce qu’il faut savoir
Le taux moyen de gain dans une machine à sous est de 40%.
Quand on parle de jeux de hasard et de loterie, on parle souvent de statistiques. C’est simplement de la langue de bois. Car le taux de gain est inférieur à 10%. Il en est de même pour certains jeux de grattage.
Ce qui est bien réel c’est qu’au début du lancement du jeu “Millionnaire” de la Française des jeux, il y eu des taux gagnants exceptionnels dans les Antilles. Et regardez maintenant.
Les casinos ne sont pas à la portée de tout le monde et c’est normal que l’on s’en prenne au plus évident. Les droits d’accès aux tables, les parrainages, etc. font que 70 % de la population active ne pourront jouer qu’à la loterie, les jeux hippiques et qu’aux machines à sous.
Il n’y a pas d’établissements de jeux de Kraps, sèbi, Yoles, ou danmiyé.
Pourquoi Fléau ?
Le principal fléau est le pari clandestin, qui génère des pertes de devises, et une croissance de violences mafieuses. Qui aura droit à un autre dossier dans un avenir proche, restons un peu dans ce qui est visible.
Dans une société opprimée, le rêve ne peut être un luxe. Nous avons déjà le soleil, donc il ne reste que les produits matériels que nous voyons dans les clips, les séries à deux euros, et les fils à papa qui s’exhibent dans les bars-discothèques. Connaissez-vous quelqu’un qui ait mangé à s’éclater la panse après avoir gagné au loto ?
L’écart “social” est énorme dans nos îles. Il n’y a pas de juste milieu. Financièrement, ceux qui ont, en ont trop, et ceux qui ont peu n’en ont pas assez. Socialement, il y a certain à qui on a donné plus, leur faisant croire que c’était mérité; mais en réalité c’était calculé. D’où le malaise des classes dites “moyennes”.
Le jeu est devenu le seul moyen d’accès au rêve. Puisque tout est quadrillé par les monopoles.
Nombreux sont les entrepreneurs buralistes de “la classe moyenne” qui ont cédé aux sirènes de la tentation de jouer aux jeux de grattage. Certains se sont donné la mort après leur forfait… Il fallait rembourser. Cela ne se passe pas que sur le continent apparemment.
Les plus sensés jouent aux jeux hippiques. Mais misent des fortunes. Et comme souvent, ceux qui gagnent n’investissent pas dans la production locale. Et encore moins sur la valeur de leur propre vie.
Ce qui coûte le plus dans la création d’un casino est l’infrastructure d’accueil, et non les machines. Ensuite vous avez la communication, car vous devrez appâter la clientèle. Donc les investisseurs seront en grande partie des entreprises délocalisées.
Constat global, les jeux ne rapportent pas au département. Parmi les taxes citées ci-dessus, aucune n’est dédiée au département. Et si les dividendes des maisons de jeux vont forcément aux investisseurs, ces derniers, quant à eux, ne sont pas domiciliés dans la région.
Dans les revendications antillaises, lors des manifestations, il y a un point qui prouve le bon sens et leurs légitimités : une quote-part des jeux nationaux doit être versée à la région ou à des organismes locaux.
Exemple: Point n°134 dans la liste des revendications : financement politique d’emploi par modification du code général des impôts
pour prélèvement sur jeux de hasard et contraventions.Statuts : “En cours”
Autant dire que ce n’est pas gagné.
Avant de lâcher les chiens, voici un secret de polichinelle sur les actionnaires de la Française des jeux. Bien entendu, ne le dites à personne.
A leur origine, les jeux historiques de la Française des jeux étaient organisés par des associations caritatives et des entreprises qui se retrouvent aujourd’hui dans l’actionnariat de l’entreprise. Parmi eux, et au premier rang, l”Union des blessés de la face et de la tête, les Gueules cassées, possèdent 9,2% des parts de la FDJ. Entre une redevance accordée de longue date sur le Loto et ses dividendes, l’association a par exemple récolté 10 millions d’euros en 2006. Ses réserves de fonds seraient estimées aujourd’hui à 100 millions d’euros. Les autres actionnaires sont la Fédération André-Maginot (4,2%), Idsud, une société de placements financiers cotée en bourse, la confédération des buralistes (2%), la mutuelle du Trésor (1%), la Comalo (0,6%) et les Émissions Berger (0,4%).
Source : Journal du Net
La principale curiosité dans l’organisation de la Française des jeux est son actionnariat. Elle cache dans son capital 20% d’actionnaires privés. Ils ne sont plus que sept aujourd’hui à représenter l’entreprise publique. Ils touchent des redevances et des dividendes alors qu’ils n’ont plus aucune activité dans l’entreprise et donc plus de légitimité, si ce n’est historique. Leur utilité remonte en effet à l’époque où ils étaient encore des émetteurs de la Loterie nationale. Lire la suite
Comme vous le voyez, le peu d’actionnaires privés n’ira pas investir aux Antilles. Et le pire, c’est que le gouvernement “réfléchit” sérieusement à une privatisation de cette société. (voir ICI, ou ICI, et MIEUX)
À suivre donc…
à Lire : La française des jeux, jackpot de l’État (S. Turay)
